À la salle de sport, quelqu’un vous parle. Vous voyez bien que ses lèvres bougent, vous sentez qu’une interaction humaine est probablement en cours, mais vous n’avez absolument rien entendu. Vous retirez un écouteur, vous lancez le traditionnel « pardon ? » et la personne recommence. Elle voulait simplement savoir si la machine était libre. Trois secondes de conversation, quinze secondes de chorégraphie. Avec les Shokz OpenFit Air 2, ce petit rituel disparaît presque complètement.
Les écouteurs ne rentrent pas dans les oreilles et ne cherchent pas à vous enfermer dans une bulle. La musique reste pourtant bien présente. Suffisamment pour oublier le bruit des machines, les haltères reposés comme si le sol avait personnellement offensé quelqu’un et les conversations menées beaucoup trop fort juste derrière vous. Mais si une personne vous adresse la parole, vous l’entendez. Vous pouvez répondre sans enlever quoi que ce soit et sans lui servir ce sourire poli qui signifie surtout : « Je n’ai rien compris, mais continuons comme si de rien n’était. »
Évidemment, cette ouverture fonctionne dans les deux sens. Vous entendez aussi certains bruits dont vous vous seriez volontiers passé. C’est le principe. Après environ un mois d’utilisation, quatre séances de salle par semaine et plusieurs sorties running, c’est pourtant ce qui m’a le plus convaincu. Les OpenFit Air 2 permettent d’écouter vraiment de la musique sans disparaître du décor. On reste dans sa séance, mais aussi un peu dans la vraie vie. À la salle, ce n’est finalement pas si mal.
Une fois les OpenFit Air 2 posés, le résultat paraît assez naturel. Pour Shokz, il aura pourtant fallu plus de vingt ans et un vrai changement de méthode pour en arriver là. L’entreprise est créée en 2004, puis entre sur le marché audio en 2011 sous le nom AfterShokz. Sa spécialité tient alors presque de la curiosité scientifique : transmettre le son par les os du crâne plutôt que par le conduit auditif. La conduction osseuse existait déjà, bien sûr, mais Shokz va réussir à la sortir des laboratoires pour l’installer sur la tête des sportifs.
La marque trouve rapidement son terrain de jeu dans la course à pied, le vélo et toutes les disciplines où s’enfermer dans un casque peut devenir une idée assez moyenne. Ses arceaux en titane finissent par faire partie du paysage. En 2021, AfterShokz devient simplement Shokz. Officiellement, le nouveau nom doit être plus court, plus facile à retenir et à partager. C’est aussi le moment où l’entreprise commence à dépasser l’image du spécialiste un peu technique que l’on reconnaît de loin sur la ligne de départ.



Cette histoire a laissé une idée tenace : un Shokz fonctionnerait forcément par conduction osseuse. Ce n’est pas le cas des OpenFit Air 2. Ici, aucun son ne passe par les pommettes. De petits haut-parleurs sont placés devant le conduit auditif et diffusent le son dans l’air. La technologie DirectPitch sert à l’orienter avec précision vers l’oreille et à réduire les fuites sonores. Dit autrement, votre voisin ne devrait pas profiter gratuitement de votre playlist, sauf si vous poussez vraiment le volume ou si vous avez décidé qu’il devait, lui aussi, écouter Beyoncé.
Ce changement de technologie raconte surtout l’évolution de Shokz. La marque ne fabrique plus uniquement des casques de sport reconnaissables à leur arceau. Elle cherche désormais à proposer des écouteurs que l’on peut garder pour courir, travailler, prendre un appel ou traverser une journée sans avoir l’air de préparer un triathlon en permanence. Les OpenFit Air 2 sont probablement l’expression la plus accessible de ce virage : moins démonstratifs, plus discrets et, il faut bien le dire, nettement plus faciles à porter avec autre chose qu’un short technique.
Le jour où Shokz a découvert le miroir
Ce virage se voit dès l’ouverture du boîtier. À l’intérieur, plus d’arceau reliant les deux côtés ni de silhouette immédiatement associée au sport d’endurance. Les OpenFit Air 2 sont deux écouteurs indépendants aux lignes fines, suffisamment identifiables pour ne pas devenir anonymes, mais assez sobres pour se porter ailleurs que sur une ligne de départ. Le noir reste classique, le blanc plus lumineux et le bleu glacier apporte juste ce qu’il faut de couleur sans donner l’impression d’avoir gagné sa paire dans un paquet de céréales.
Chaque écouteur pèse 7,2 grammes. Le chiffre ne raconte pas grand-chose jusqu’au moment où on les porte et où il ne se passe précisément rien. Le crochet, construit autour d’un alliage de nickel et de titane, épouse l’oreille sans la serrer. Rien ne pince, rien ne s’enfonce et aucune gêne progressive ne vient rappeler leur présence au bout de vingt minutes. Cette absence d’événement constitue probablement leur première vraie qualité.





Shokz a aussi abandonné les commandes entièrement tactiles au profit de boutons sensibles à la pression. Cela ressemble à un détail jusqu’à la première séance un peu intense. Une surface tactile, de la transpiration et une mèche de cheveux forment rarement une équipe très disciplinée. Ici, chaque pression est volontaire, perceptible et les écouteurs exécutent ce qu’on leur demande sans décider seuls de changer de morceau ou d’appeler quelqu’un.
Le boîtier suit la même logique. Il est compact, léger et se glisse facilement dans une poche. Sa finition reste plus simple que celle de l’OpenFit Pro, mais rien ne donne une impression fragile ou négligée. Après un mois passé entre un sac de sport, une poche et quelques manipulations pas toujours empreintes de tendresse, l’ensemble est encore impeccable.
Les OpenFit Air 2 réussissent donc leur première épreuve : être agréables à regarder et suffisamment légers pour se faire oublier. Restait la partie où les choses deviennent généralement moins paisibles : quatre séances de salle par semaine, plusieurs sorties running et assez de transpiration pour vérifier si leur maintien relevait de l’ingénierie ou simplement d’une photo bien choisie.
Une salle de sport constitue un test assez brutal pour des écouteurs. Il y a le bruit des machines, les changements de position et cette serviette qui finit toujours par accrocher exactement ce qu’elle ne devait pas toucher. Les promesses de confort et de maintien y vieillissent parfois aussi vite que les bonnes résolutions du mois de janvier. Les OpenFit Air 2, eux, ont traversé les séances sans incident diplomatique.
Une fois correctement posés, ils ne bougent pratiquement pas. Les tractions, les exercices sur un banc ou les mouvements rapides ne suffisent pas à les déséquilibrer. Le crochet accompagne l’oreille sans la comprimer et aucun écouteur n’a tenté une carrière en solo sous une machine. Surtout, il n’est pas nécessaire de les remettre en place entre deux séries. On les installe, puis on passe à autre chose.
Le son réserve une surprise plus intéressante encore. Un modèle ouvert part avec un handicap évident : il doit rivaliser avec un environnement qui n’a jamais signé d’accord de non-concurrence. Malgré cela, les voix restent nettes, les morceaux conservent du relief et les basses ont suffisamment de présence pour soutenir une séance. On n’atteint pas la profondeur d’écouteurs intra-auriculaires, mais le résultat n’a rien d’un fond sonore un peu triste diffusé à quelques centimètres de l’oreille. La musique existe vraiment.
Le confort tient également jusqu’à la fin de l’entraînement. Il n’y a ni pression dans le conduit auditif ni envie de retirer les écouteurs pour laisser les oreilles respirer. On termine parfois la séance en oubliant qu’on les porte encore. Ce genre d’oubli coûte beaucoup moins cher qu’une gourde abandonnée sur un banc et constitue probablement le meilleur compliment que l’on puisse faire à des écouteurs destinés au sport.
À la salle, le contrat est rempli. En courant, l’histoire reste excellente, du moins jusqu’à ce que la sortie commence à durer.
Sur une sortie courte, les OpenFit Air 2 se font rapidement oublier. Ils restent en place et le son conserve assez de présence pour accompagner l’effort, tandis que les bruits utiles restent perceptibles. On entend ses pas, ce qui approche derrière et sa propre respiration. Ce dernier point n’est pas toujours très flatteur, mais au moins personne ne pourra accuser les écouteurs.
Lorsque la sortie s’allonge, les choses évoluent légèrement. La transpiration finit par se glisser entre le crochet et la peau. Les écouteurs ne tombent pas et ne donnent jamais l’impression de vouloir s’échapper, mais ils peuvent bouger de quelques millimètres. Or, avec un haut-parleur qui doit diriger le son vers le conduit auditif sans y entrer, quelques millimètres comptent. Le volume paraît alors diminuer et il faut les remettre en place.
La certification IP55 protège les écouteurs contre la sueur, la poussière et les projections d’eau. Elle ne transforme pas le crochet en ventouse. Cette nuance échappe assez facilement aux fiches techniques, beaucoup moins au coureur qui doit repositionner un écouteur avec les doigts humides. Le geste est rapide et ne gâche pas la sortie, mais il existe. Autant le dire.
Cette petite limite empêche les OpenFit Air 2 d’être irréprochables sur les efforts prolongés. Elle ne suffit pas à remettre en cause leur intérêt à 139 euros. Pour savoir où Shokz a réellement fait des économies, il faut maintenant les placer face aux OpenFit Pro et à leurs 110 euros supplémentaires.
Placés côte à côte, les deux modèles ne cachent pas longtemps leur position dans la gamme. Les OpenFit Pro présentent des finitions plus travaillées et un boîtier qui paraît plus dense, plus solide, plus valorisant. Les OpenFit Air 2 ne font pas bon marché pour autant. Ils semblent simplement avoir quitté la réunion avant que quelqu’un propose d’ajouter un matériau premium et de revoir le tarif une dernière fois.
La différence s’entend également. Dès les premiers morceaux, le son des OpenFit Pro paraît plus abouti. Ils disposent aussi d’un système de réduction du bruit extérieur, une fonction assez paradoxale sur des écouteurs ouverts, mais utile lorsque l’environnement devient agité. Elle ne produit pas le silence d’une paire d’intras. Elle permet surtout à la musique de rester plus lisible sans condamner complètement les sons extérieurs.
Les Pro ajoutent la recharge sans fil et quelques raffinements que leur nom avait eu la délicatesse d’annoncer. Ils offrent une expérience plus soignée, depuis l’ouverture du boîtier jusqu’à l’écoute. Leur supériorité ne fait donc aucun doute. La question est plutôt de savoir combien on accepte de payer pour la ressentir.
Car les OpenFit Air 2 ne ressemblent jamais à une version punie, volontairement privée des bonnes idées afin de préserver la hiérarchie du catalogue. Le gain apporté par les Pro est réel, mais il ne paraît pas proportionnel au supplément demandé. Les premiers relèvent davantage du choix de plaisir. Les seconds représentent le choix rationnel. Le compte bancaire, lui, entend la différence beaucoup plus nettement que les oreilles.
S’il y a un domaine où les OpenFit Air 2 ne donnent pas l’impression d’avoir économisé, c’est l’autonomie. Depuis le début du test, le boîtier n’a rejoint une prise qu’une seule fois. Les écouteurs, eux, récupèrent naturellement de l’énergie chaque fois qu’ils sont rangés. On les utilise, on les replace dans leur étui et la mécanique suit son cours sans réclamer beaucoup d’attention.
Shokz annonce jusqu’à huit heures d’écoute sur une charge et 36 heures au total grâce au boîtier. Dix minutes de charge permettraient également de récupérer environ trois heures d’utilisation. Ces résultats varient forcément selon le volume et le type d’usage. Je ne les ai pas mesurés dans des conditions de laboratoire, mais mon expérience paraît tout à fait cohérente avec les chiffres avancés par la marque.
Ce n’est pas un test réalisé avec un chronomètre, un volume figé et une blouse blanche. C’est l’expérience de quelqu’un qui les utilise régulièrement, ne les ménage pas particulièrement et a rarement eu à vérifier leur niveau de charge. L’autonomie cesse alors d’être un argument imprimé sur la boîte pour devenir ce qu’elle devrait toujours être : un problème auquel on ne pense plus.
Shokz ne fournit d’ailleurs aucun câble USB-C. La marque part du principe que chacun en possède déjà une petite collection dans un tiroir, ce qui est probablement vrai. Cela reste légèrement mesquin à 139 euros, mais l’ironie veut que l’on ait rarement besoin d’en sortir un. Pour une fois, le câble peut donc poursuivre tranquillement sa carrière au milieu de tous les autres.
Le verdict tient dans un sac de sport
Au moment de partir à la salle, je ne refais plus le comparatif. Je ne soupèse pas les boîtiers et je ne relance pas trois morceaux pour vérifier lequel produit la basse la plus profonde. Je prends les OpenFit Air 2 et je les glisse dans mon sac. C’est devenu le geste normal, celui que l’on fait sans réunir un jury ni ouvrir un tableau Excel.
C’est probablement à ce moment-là qu’un test devient intéressant. Un produit peut séduire pendant quelques jours avec ses fonctions, ses chiffres et ses petites animations dans l’application. L’adoption commence lorsqu’on continue à le choisir alors que l’on n’est plus obligé de l’évaluer. J’ai les OpenFit Pro. Ils sont meilleurs sur plusieurs points et leur positionnement supérieur est justifié. Pourtant, pour aller m’entraîner, ce sont désormais les Air 2 que j’emporte.
Ce choix ne transforme pas leurs limites en qualités cachées. Ils restent moins aboutis que les Pro et demandent parfois à être repositionnés lorsque les sorties running s’allongent. Mais à la salle, la question ne se pose plus. Ils correspondent exactement à ce dont j’ai besoin, sans ajouter des fonctions que j’apprécierais probablement beaucoup pendant deux jours avant de cesser d’y penser.
À 139 euros, les OpenFit Air 2 ne gagnent donc pas le comparatif absolu de la gamme Shokz. Ils ont fait quelque chose de plus concret : gagner leur place dans mon sac. Les OpenFit Pro remportent la fiche technique. Les OpenFit Air 2, eux, partent avec moi à la salle.





































