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When we were kings

maximilien N'Tary-Calaffard - 05 janvier 2016 - Actu - Fashion - Magazine - Music - All

Eté 1988, deux albums aux noms pratiquement similaires sont sur le point de changer la destinée du Hip-Hop. Tel un animal mythologique à deux têtes, le rap en est devenu schizophrène au point de se faire du mal. Ces deux canaux vont s’affronter à mort. En Août, un groupe de L.A, NWA, lâche la bombe “Straight Outta Compton”, dynamitant le paysage avec une nouvelle posture face à l’Amérique blanche. Un mois plus tôt, sur la côte opposée, un trio nommé Jungle Brothers sortait son premier album “Straight Out The Jungle”. Là où NWA pose les bases du gangsta rap drapé d’un look total black, le groupe affilié au collectif Native Tongue (Jungle brothers, A Tribe Called Quest, De la soul, Queen Latifah et Monie Love) opte pour des tenues en phase avec leurs textes, Afrocentristes.

Pour reprendre les confidences de Trugoy, membre de De La Soul au magazine L.A Times en 1990 : « On ne met pas de chaînes en or, lunettes Cazal, chapeaux Kangol et sneakers. On préfère être nous-mêmes. Des mecs cools qui dessinent le logo paix dans leurs cheveux« .

Ces groupes new-yorkais sont dans la directe lignée de la Zulu Nation d’Afrika Bambaataa, fondateur du Hip-Hop, porteur d’un message quasi spirituel à l’origine du Hip-Hop. La mode Afrocentriste, totalement à l’opposé des codes d’alors et encore plus de ceux d’aujourd’hui, oscillait entre un retour aux sources africaines et conscience politique. De 87 à 93, les groupes hardcore faisaient le grand écart. Des artistes tels que Schoolly D, NWA, Ice T, The Geto Boys, Cypress Hill, Too $hort ou le roi 2Pac étaient partagés entre vices de lascars et prises de conscience.

 

L’Afrocentrisme s’est abattu par vagues sur l’Amérique noire. D’abord dans les années 20, avec Marcus Garvey, puis pendant le mouvement des droits civiques où il prend une forme musicale pour la première fois et enfin le tsunami des années 80 touchant la société via les campus, les albums de Hip-Hop et les séries TV comme “In Living Color”, “Martin” ou encore ”Campus Show”. La tendance vestimentaire était aux couleurs rouge/noire/verte. La jeunesse affichait sa conscience sur ses épaules avec une vision idéalisée du continent, alors même que la majorité des Noirs américains était mal à l’aise avec sa négritude et son lien de parenté avec l’Afrique. Néanmoins, les dashikis, le wax, les Kufis, les médaillons popularisés par Public Enemy, poings vengeurs ou une carte de l’Afrique tricolore au choix, et autres Cross Colour pullulèrent un temps puis cédèrent place dès la sortie de “The Chronic”. Ironie du sort, c’est Dr.Dre, un ancien membre du groupe NWA qui était à la tête de l’autre mouvance du Hip-Hop, qui terrassa son frère siamois. Le gangsta rap avait gagné le combat…jusqu’à la prochaine vague.

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